Dimanche 14 décembre 2008
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Mission réussie grâce à toute l'équipe de MLK 2008 (association organisatrice de l'évènement un jour Martin Luther King). Très prochainement vous pourrez découvrir l'interview que j'ai réalisé de Clarence B. Jones, qui je vous le rappelle est l'ancien
avocat de Martin Luther King, et de Dominique Sopo, président de SOS Racisme France.
Dominique Sopo s'est attaché à me décrire la ségrégation raciale aux USA dans les années 1950 et M. Jones m'a fait part de d'une anecdote de discrimination raciale qu'il a vécu. De plus M.
Sopo comme M Jones m'ont tout deux fait un parallèle avec l'actualité, notamment avec l'élection de Barack Obama en tant que président des Etats-Unis. Je tiens à les remercier tous les deux pour le
temps qu'ils m'ont consacré.
Ci dessous l'interview réalisé par Julien Descalles, journaliste pour le JDD (Journal du Dimanche) que je tiens à remercier pour m'avoir autorisé à filmer pendant son interview de M. Jones
:
Il a été l'un des hommes de
l'ombre de Martin Luther King. Avocat, conseiller ou encore chercheur de fonds du pasteur d'Atlanta, Clarence Benjamin Jones, 77 ans, peut se targuer d'être le co-auteur du célèbre discours I Have
a dream (1963). Présent à Paris à l'invitation de l'association MLK 2008, il a inauguré mercredi dernier le parc Martin Luther King dans le quartier des Batignolles.
Comment avez-vous fait la connaissance de Martin Luther King?
En février 1960, Martin Luther King était poursuivi en justice par l'Etat d'Alabama pour évasion
fiscale. Son équipe d'avocat me contacte, afin de participer à sa défense. J'ai refusé, arguant que je vivais en banlieue de Los Angeles. Le lendemain, je reçois la visite de Martin Luther King en
personne. Il m'explique avoir besoin d'un jeune avocat noir dans son combat pour la ségrégation. Malgré mon refus, il m'engage à parler de mon passé. Puis s'en va. Le lendemain, je suis invité à
suivre son sermon, dans une église de Los Angeles. Je m'y rends et y découvre le thème: "Rôle et responsabilité des Noirs dans le combat pour les droits civiques dans le Sud." Le prêche commence et
je découvre alors l'extraordinaire pouvoir de ses mots. Je suis en transe tandis que dans son discours, le révérend fait le portrait d'un jeune avocat, dont la mère, domestique toute sa vie, s'est
sacrifiée pour la réussite de son fils. Je réalise alors qu'il parle de moi... A la fin du sermon, Martin Luther King me sourit, comme le ferait un chat après la prise d'une souris. Il me serre
alors la main et je lui demande: "Quand dois-je partir?" Trois jours plus tard, j'étais dans l'Alabama. Ma vie avait changé pour toujours.
Aurait-il voté pour Barack Obama?
Martin Luther King avait décidé, de son vivant, de ne prendre aucune position officielle en faveur de tel ou tel homme politique. Ayant été son avocat, vous pensez bien que je ne le trahirai
pas...
Barack Obama a multiplié les références au pasteur durant sa campagne. Peut-il être considéré comme son héritier?
Je vais vous dire: J'ai une oreille parfaite. Quand je suggérais tel mot ou telle expression pour les discours de Martin Luther King Junior, je pouvais entendre sa voix, anticiper le ton sur
lesquels ils les prononceraient. Eh bien quand j'entends les discours de Barack Hussein Obama, je retrouve la mélodie de ceux de Martin Luther King. Le génie d'Obama, c'est d'avoir repris le modus
operandi des textes du pasteur. Comme je suis persuadé qu'ils ont repris la symphonie du "We shall overcome" (NDLR : hymne chanté par les Noirs lors des marches du mouvement des droits civiques
dans les années 50 et 60) pour composer le slogan de campagne "Yes, we can". Mais retenez bien une chose: En 12 ans et quatre mois, c'est-à-dire de 1956 à 1968, Martin Luther King a plus fait pour
la justice politique, raciale et sociale que n'importe qui dans ce pays en 400 ans, à l'exception de la Proclamation d'émancipation de Lincoln.
Quarante ans après la mort de Martin Luther King, Barack Obama lui devrait donc la victoire?
Sans le combat de Martin Luther King Junior, sans sa lutte contre la ségrégation sociale, la discrimination des administrations et le racisme, la victoire de Barack Hussein Obama n'aurait été
absolument pas possible. Il a été l'homme qui a fait passer les Etats-Unis du XXe siècle, où régnait la discrimination raciale, au XXIe siècle, où la couleur n'a plus d'importance politique.
La veille de sa mort, votre ami avait proclamé: "Je veux vous faire savoir que notre peuple atteindra la Terre Promise". A-t-elle été atteinte avec l'élection de Barack Obama?
Vous savez, le racisme n'est pas mort aux Etats-Unis le 4 novembre à minuit. Néanmoins, ce jour-là, ce n'est pas une simple confrontation entre républicains et démocrates qui s'est jouée. C'est un
référendum où la majorité de la population a déclaré que l'esclavage, la discrimination et le racisme appartenaient au passé. Cette élection a affirmé que désormais, l'argument de la race ne serait
plus un atout pour remporter une élection. La victoire de Barack Hussein Obama a été celle de la compétence, du caractère et des capacités. Vous savez, j'étais persuadé ne jamais voir un
afro-américain accéder à la présidence de la République de mon vivant. Car, selon moi, il fallait un blanc du Sud pour faire progresser la question raciale. Ainsi le Civil Rights Act de 1964 (NDLR
: cet amendement déclare illégale toute forme de discrimination) a été signé par Lyndon Johnson, un Texan. Et voilà que j'assiste au triomphe d'Obama, la donne a donc changé, j'avais tort!
Comment avez-vous réagi à la victoire de Barack Obama?
Comme Jesse Jackson (NDLR: autre compagnon de Martin Luther King), j'ai cédé aux larmes. Mais c'était davantage des larmes de douleurs que de joie. Car j'ai pleuré en pensant à tous les "soldats"
du combat des droits civiques, morts pour cette cause. J'ai pleuré pour tous ces absents, qui n'ont pas eu ma longévité pour assister à l'accession d'un Afro-américain à la présidence. Espérons que
Barack Obama a conscience de tous les sacrifices que sa victoire a nécessités!